Un exemple de livre Storynous, raconté par une famille.
Créer la nôtre

Bien avant ton premier souffle, tu avais déjà une place ici. Ce livre raconte comment tu y es arrivée. Avant toi, notre vie était déjà bien remplie. Ta maman, Clara, était cheffe de projet dans une agence de communication. Elle aimait imaginer des idées, écrire, organiser, et remplir des carnets de listes qu'elle ne terminait pas toujours. Elle faisait du yoga. Elle cuisinait pour ceux qu'elle aimait, chinait de jolis objets et gardait des centaines de photos de nos voyages. Ton papa, Hugo, était technicien dans les énergies renouvelables. Il passait une partie de ses journées sur le terrain et adorait comprendre comment les choses fonctionnent. À la maison, il bricolait beaucoup, il faisait du vélo dès qu'il en avait le temps, et il pouvait passer un temps déraisonnable à chercher la pizza parfaite. Nous étions heureux comme ça.
Nous aimions partir tous les deux, un sac sur le dos. Parfois loin. Parfois seulement pour un week-end, avec deux sacs préparés au dernier moment. Nous retrouvions souvent nos amis. Nous recevions notre famille à la maison. Nous avions nos petites habitudes : les petits-déjeuners qui s'éternisaient le dimanche, les séries commencées beaucoup trop tard, les projets dont nous parlions pendant des heures. Nous étions bien, tous les deux. Puis, doucement, notre façon d'imaginer l'avenir a changé. Au milieu de tous nos projets, une nouvelle envie a commencé à prendre de la place. Celle de devenir parents. Nous ne savions encore rien de toi. Mais quelque part, ton histoire commençait déjà.


Nous nous sommes rencontrés à l'anniversaire d'une amie commune. Ta maman avait 25 ans, ton papa 27. Nous avons vite eu envie de construire quelque chose ensemble. Mais un enfant, cela nous paraissait encore très loin. Il y a eu notre premier appartement. Des week-ends improvisés, des voyages, beaucoup de soirées avec nos amis, quelques changements de travail. Puis, petit à petit, quelque chose a changé. Nous regardions les familles autour de nous autrement. Quand nous imaginions notre avenir, il n'y avait plus seulement nous deux. Un dimanche matin, au petit-déjeuner, nous avons parlé très sérieusement d'avoir un enfant. Pas de grande annonce. Pas de moment spectaculaire. Nous nous sommes simplement regardés, et nous avons compris que nous avions envie de devenir une famille. Nous ne savions pas encore qui tu serais. Mais l'idée de toi venait de naître.
Quand nous avons décidé d'avoir un bébé, nous pensions naïvement que cela arriverait très vite. Les premiers mois, nous étions détendus. Puis les mois ont commencé à passer. Chaque fois, ta maman se demandait si cette fois serait la bonne. Elle essayait de ne pas trop y penser, tout en y pensant beaucoup quand même. Il y a eu des tests achetés beaucoup trop tôt, et quelques déceptions. Ton papa, lui, la gardait contre lui et lui répétait que nous avions le temps. Au bout de quelques mois, nous nous sommes posé davantage de questions. Rien n'indiquait qu'il y avait un problème. Mais l'attente nous semblait longue, maintenant que nous savions à quel point nous avions envie de te rencontrer. Alors nous avons continué notre vie. Travailler, voir nos amis, préparer des vacances, et essayer de ne pas transformer chaque mois en compte à rebours. Huit mois après le début de cette aventure, sans que nous le sachions encore, tu étais déjà là.


Ta maman avait quelques jours de retard. Elle avait déjà connu plusieurs fausses alertes et ne voulait surtout pas se faire des idées. Un matin, ton papa dormait encore quand elle a décidé de faire un test. Elle l'a posé sur le bord du lavabo et elle est partie préparer son café, pour éviter de rester devant à attendre. Quand elle est revenue dans la salle de bain, deux traits étaient apparus. Elle a regardé plusieurs fois, parce qu'elle avait du mal à y croire. Puis elle est entrée dans la chambre, le test dans la main. Ton papa dormait toujours. Elle lui a simplement dit : « Hugo… je crois qu'il faut que tu te réveilles. » Il a regardé le test, puis ta maman, puis encore le test. Pendant quelques secondes, aucun de nous deux n'a parlé. Et puis nous avons ri. Ta maman avait les larmes aux yeux. Ce matin-là était un matin parfaitement ordinaire. Et pourtant, notre vie venait de changer.
Les premières semaines, nous avons gardé notre secret pour nous. C'était étrange de continuer notre vie normalement, alors que nous avions l'impression de porter une nouvelle immense. La première échographie a rendu tout cela beaucoup plus réel. Nous avons entendu ton cœur battre pour la première fois. Ton papa regardait l'écran bien plus que l'échographiste, et cherchait déjà à qui tu pouvais ressembler alors que, soyons honnêtes, on ne voyait pas encore grand-chose. À partir de ce jour-là, nous avons parlé de toi tout le temps. Nous avons cherché ton prénom pendant des semaines. Des listes dans nos téléphones, des avis qui changeaient sans arrêt. Puis le prénom Louise est arrivé. Nous avons continué à chercher encore un peu, mais nous revenions toujours à celui-là. Alors, bien avant de voir ton visage, tu es devenue Louise.


Ensuite, la maison s'est préparée. Il y a eu les premiers vêtements, beaucoup trop petits pour nous sembler vrais. Le choix de ta poussette. Les meubles à monter, un dimanche entier. Ta chambre, que ton papa voulait absolument terminer longtemps avant ta naissance. Ta maman, elle, passait beaucoup de temps à imaginer ton visage. Et puis un soir, allongés dans le canapé, nous avons senti ton premier vrai mouvement. Ton papa a posé sa main sur le ventre de ta maman. Nous n'avons plus bougé, ni parlé. Tu as bougé une seconde fois. Nous étions trois sur ce canapé.
Nous avions beaucoup imaginé le jour de ta naissance. Ta maman s'était préparée : elle avait lu, posé des questions, imaginé un accouchement le plus naturel possible. Les premières contractions ont commencé pendant la nuit. Au début, ta maman n'était même pas certaine qu'il fallait partir. Ton papa, lui, était prêt depuis longtemps et vérifiait une nouvelle fois que la valise était bien dans la voiture. Quelques heures plus tard, nous étions à la maternité. Le travail a commencé. Les heures sont passées. Nous pensions nous rapprocher doucement du moment où nous allions enfin te rencontrer. Mais ton cœur a commencé à montrer que cette longue attente devenait difficile pour toi. Les médecins sont venus nous expliquer qu'il fallait finalement te faire naître par césarienne. Ta maman a eu du mal à entendre ces mots. Ce n'était pas comme ça qu'elle avait imaginé ta naissance.


Tout s'est ensuite accéléré. Les lumières du bloc. Les soignants autour de ta maman. Ton papa dans sa tenue beaucoup trop grande. Et cette sensation étrange de ne plus rien maîtriser. Ta maman avait peur. Elle était déçue, aussi, d'abandonner en quelques minutes l'accouchement qu'elle avait imaginé pendant des mois. Puis nous avons entendu ton premier cri. Et soudain, au milieu de toute cette agitation, il n'y avait plus que toi. Ton papa t'a vue en premier. Il s'est approché de ta maman, les yeux pleins de larmes, et lui a dit : « Elle est là. Elle va bien. » Quelques instants plus tard, nous avons découvert ton visage. Tu avais beaucoup de cheveux, de toutes petites mains et les yeux presque fermés. Ta naissance n'a ressemblé à rien de ce que nous avions prévu. Mais quand nous racontons cette journée, ce dont nous nous souvenons, c'est d'avoir enfin rencontré Louise.
Nos premiers jours avec toi ont été un mélange de bonheur, de fatigue et de découvertes. Nous pouvions rester de longues minutes simplement à te regarder dormir. Nous découvrions aussi qu'un bébé pouvait se réveiller énormément de fois dans une seule nuit. Ton papa venait souvent vérifier que tu respirais pendant ton sommeil. Ta maman riait de lui, puis elle allait vérifier à son tour cinq minutes plus tard. Nous apprenions à te connaître. La façon dont tu repliais tes jambes quand tu dormais. Tes petits bruits. La manière dont tu serrais notre doigt dans ta main. Tes cheveux qui ne voulaient jamais aller dans le même sens après le bain. Nous avons fait beaucoup d'erreurs et beaucoup appris. Nous sommes devenus tes parents en même temps que tu découvrais le monde. La maison s'est remplie de biberons, de jouets, de vêtements minuscules et de photos de toi. Notre vie avait changé. Nous n'aurions échangé notre place pour rien au monde.


Aujourd'hui, notre famille, c'est nous trois. Toi, avec tes boucles, ton rire et ton caractère bien à toi. Nous ne savons pas encore quelle petite fille, quelle adolescente, puis quelle femme tu deviendras. Et c'est très bien ainsi. Nous ne voulons pas choisir ton chemin à ta place. Nous aimerions simplement te donner assez de confiance et assez de liberté pour que tu trouves le tien. Nous continuons nos habitudes : les petits-déjeuners du dimanche qui s'éternisent, les projets dont nous parlons pendant des heures. Sauf que maintenant, tu es assise au milieu. Et tu as ton mot à dire.
Louise, voilà comment tu es arrivée dans notre vie. Par une envie qui a grandi doucement, un dimanche matin au petit-déjeuner. Par huit mois d'attente. Par deux traits sur un test, un matin parfaitement ordinaire. Par une naissance qui n'a rien fait comme prévu. Ce que nous voulons que tu gardes, c'est ceci. Nous espérons que tu seras curieuse. Que tu oseras essayer, même quand tu ne seras pas certaine de réussir. Que tu choisiras des personnes qui te font du bien. Que tu sauras partir quand quelque chose ne te rend plus heureuse. Tu as le droit de changer d'avis, de te tromper et de recommencer. Et surtout, n'oublie jamais une chose. Bien avant de connaître ton visage, ton rire, ton caractère ou même la couleur de tes yeux, nous avions déjà fait une place pour toi dans notre vie. Cette place sera toujours la tienne.


www.storynous.fr